Second souffle aborde la question de la souffrance physique et morale vécue par des hommes atteints du VIH. L'oeuvre présente des portraits méconnaissables d'individus accompagnés de témoignages qui révèlent des fragments de leurs identités profondes, soulignant ainsi la distance entre l'anonymat et l'intimité. L'usage du texte me permettait donc de valoriser des personnes fragilisées qui peuvent se sentir ostracisées par notre société. J'ai collaboré avec l'organisme Aide Community Montreal pour la réalisation de ce travail.

Nous sommes en 2005, j'ai 40 ans, et depuis quelques mois je ne me sens pas bien. Je suis malade et j'ai des symptômes étranges qui se sont immiscés dans mon corps. À certains endroits, je perds mes cheveux et des plaques se forment. J'ai les paumes des mains et les plantes des pieds qui sont de plus en plus asséchées et rougeâtres. Je m'éloigne même de mes neveux et nièces par peur de les contaminer. J'ai des douleurs aux articulations qui se sont logées à mes chevilles et à mes hanches. Cette souffrance crée une telle faiblesse musculaire que j'ai dû me procurer une canne pour m'aider à marcher. Tout ces symptômes (primo-infection) révélaient ce que je ne voulais pas imaginer : j'étais infecté par le VIH. Quelle merde! J'ai vécu la solitude, l'isolement, la perte de jouissance la peur, la tristesse, la culpabilité, la honte et la dépression. À cette époque, comme j'étais dépressif, je ne foutais même de mourir. 

Personne de ma famille n'est au courant que je suis contaminé par le VIH. Toutefois, mes amis proches le savent. Aujourd'hui, j'ai 54 ans, je suis sous trithérapie (traitement du sida associant trois antirétroviraux), indétectable, et je vis maintenant en paix. 

1986, j'avais 18 ans quand je suis tombé malade. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je ne parviens plus à porter ma fourchette à ma bouche pour me nourrir, car elle est trop loure. En effet je suis épuisé, c'est-à-dire que je dors tout le temps et m'alimenter me demande trop d'efforts. Je n'ai plus d'enthousiasme et la vie me semble si pénible à vivre. Je décide de rendre visite à mon médecin et de passer des prises de sang. Bon, je suis chez mon praticien, et il m'annonce que j'ai une infection : la mononucléose. Ouf! quel soulagement,, mais par précaution, il me demande de passer d'autres prises de sang, car il redoute autre chose. Le temps paraît si long avant de recevoir des résultats. Le diagnostic tombe deux semaines plus tard : je suis infecté par le virus du SIDA. Je suis encore un enfant, j'ai à peine 18 ans. Je suis seul, triste, isolé, apeuré et je fais quoi avec tout ça? Je vais mourir ! Trop de monde meurt autour de moi, des amis, des collègues. Pour me faire traiter, on m'a envoyé consulter un médecin au département d'oncologie. Dans ces endroits funèbres se trouvaient de nombreux vieillard atteints du cancer en phase terminale. Il n'y avait pas d'endroits pour nous. Les effets secondaires étaient atroces : les nausées, les diarrhées, les ulcères dans la bouche, les baisses énergie et le faible taux de globules blancs dans le sang affaiblissait mon système immunitaire, ce qui provoquait une fragilité aux infections et contribuait alors à des arrêts de travail fréquents. Cela a été la période la plus difficile de ma vie. En 2020, je suis un survivant de la première génération du SIDA, heureux d'avoir survécu jusqu'à la venue de la trithérapie. Maintenant, la mort est loin de moi.  

4 épreuves à développement chromogène montées à sec sur alupanel, 60 X 50cm, 2015